Si l’on se retourne sur les 40 dernières années des Salins du Midi, grosso-modo la durée d’une vie de travail, le contraste est fort entre la situation de l’époque et celle d’aujourd’hui.

Bien sûr, rien n’est figé, la société évolue (ou régresse…) et personne ne peut rester en marge. Pour autant, un petit bilan des structures des Salins du Midi et des successives modifications éclairera les plus jeunes sur les remises en cause d’une entreprise au départ solide et respectée.

Aux alentours des années 70, La compagnie des Salins du Midi et des Salines de l’Est s’est constituée par rapprochement des sociétés des deux régions. Elle est forte, sur tous les marchés des sels raffinés, gemme et sel de mer. Elle tient le haut du pavé avec les grands saliniers dans le comité européen du sel. Sa technologie est reconnue et le service de coopération technique monte ou supervise la création de Salins en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

Des produits dérivés des eaux mères (PRODEM) sont créés à Salin de Giraud en plus du sel.

Nous sommes le plus gros propriétaire récoltant de France dans notre second métier, le vin, des milliers d’hectares de vin des sables, 15 millions de bouteilles vendues par an.

Nous possédons un siège Parisien de haute valeur en plein quartier Hausmann, nous avons une superbe usine d’embouteillage à Villeroy et un camping de 4 étoiles en bord de mer près de Sète. Des appartements loués pour trois fois rien aux salariés dans les Alpes et en bord de mer.

Aigues Mortes et Salin de Giraud comptent à coté d’eux de nombreux salins plus réduits mais très actifs, Gruissant , La palme, St Lucie, Les Pesquiers, etc….

Nos installations de l’ouest de la France sont importantes, nos régions commerciales très diversifiées.

A Varangéville, à la saline, 630 salariés travaillent pour 260 aujourd’hui.

Les valeurs sociales, certes souvent arrachées par la grève, sont consolidées, une bonne participation, des accords d’intéressement, des effectifs français de 2 500 personnes. C’est une période d’avancée sociale. CSME est cotée en bourse.

A partir des années 80, nous sommes filiale de la banque la Hénin possédée par le groupe SUEZ, empêtré dans des engagements immobiliers coûteux et qui va se recentrer, les ennuis commencent.


En 1989, un regroupement des services commerciaux est fait vers Montpellier suivi de la Direction des opérations et de services techniques. Notez qu’à ce moment, on centralise à Montpellier….

En 1991, les agences commerciales sont réorganisées et diminuées, on passe de 12 à 5.

A cette époque SUEZ absorbe sa filiale, nous sommes directement sous sa coupe, ce n’est pas bon signe, les taux de rentabilité que va exiger l’actionnaire ne sont pas réalistes.

1992 : Début de l’arrêt des PRODEM et suppression d’activités dans l’ouest de la France

1993 : Suppression d’emplois aux petits salins de La Palme, des Pesquiers, dans le Var et l’Aude.

1994 : On commence à parler de filialisation du secteur viticole. On restructure à Aigues-Mortes.

Plan social des secteurs administratifs, techniques et commerciaux. C’est là que commence à disparaître la chaudronnerie de Varangéville, erreur technique énorme que nous payons encore aujourd’hui.

Certains parlent déjà de vendre le siège parisien.

1995 : On concrétise la filialisation des viticoles. Cela va conduire à court terme à un retrait total, notre diversification se meurt, c’est une erreur énorme à nouveau. Avec la vente, CSME achètera des installations en Espagne dont on connaît la rentabilité……

Cette période voit l’arrivée à la tête de Salins (car on va l’appeler ainsi dans quelques temps) de M. DUMONTEIL qui dans un discours resté célèbre nous explique que nous n’étions rien, qu’il est le meilleur et que nous allons être les premiers, les plus forts, les plus riches et que le bateau va quitter le port….. L’ancien Conseil d’Administration ne semble pas apprécier..

Nous publierons ici plus tard le tract « du bateau » fait en réponse par la CGT à l’époque.

Notre PDG visionnaire inaugure son règne en fermant les Salins des Pesquiers et d’Hyères.

Septembre 1995 : Le pdg présente un PLAN STRATEGIQUE qui fait l’admiration de quelques inconditionnels et inquiète la plus grande partie des salariés. Ils ont raison !

C’est la mise en place des USAs que nous continuons à considérer comme des absurdités organisationnelles. On parle de croissance externe, « nous allons être les plus forts !!!! ».

Fin 1995 : On achète les installations d’Espagne (en déficit en 1994), La vente des viticoles a permis cet achat. Aujourd’hui, L’Espagne se porte mal, nos anciens domaines viticoles se portent bien. Bonjour les visionnaires éclairés !

1996 : Fin de l’année, un Comité Central d’entreprise convoqué à Paris la veille du nouvel-an apprend que SUEZ nous vend, 40% au dessus de la cote, à l’américain MORTON. Le pdg présente cela comme une extraordinaire chance, les habituels cireurs de pompes applaudissent. Beaucoup se méfient, ils ont raison !

La coopération technique, fleuron de notre entreprise commence à décliner.

1997 : Réorganisation des secteurs consommation et informatique, suppression d’emplois.

Vente du Camping du Castellas (où est passé l’argent ???) on parle aussi de difficultés à Salin de Giraud en rapport à ses contrats avec Atochem. On parle, c’est tout !!!

1998 : Plan social à Salin de Giraud après retrait du contrat avec son client Atochem, nombreuses suppressions d’emplois, pas d’anticipation de Salins.

1999 : Le pdg, sur son nuage, crée la HOLDING SALINS

Les élus du CCE votent contre, sentent la dénaturation de l’entreprise. La trésorerie est transférée, il reste à la société opérationnelle (nous) ce qui sert à produire, le reste remonte à la holding gérée par très très peu de monde……

Juin 1999 : création de la société ROCK

pour commercialiser le sel de déneigement en partenariat avec les Potasses d’Alsace. Depuis, les Potasses ont disparu mais Rock demeure, pourquoi ne sommes nous pas directement vendeurs de nos sels de déneigement. Qu’est ce que cela autorise ?

Offre Publique d’achat de la Société Rohm et Hass sur Morton notre actionnaire. Nous passons donc sous contrôle de Rohm et Hass…

2000 : Création de SALINS EUROPE, toujours des noms et des structures démesurés qui flattent l’ego de notre pdg et ne servent qu’à dépenser. Salins Europe localisé à PARIS (entre gens biens…) et le reste du siège de CSME à Montpellier.

Restructuration des activités de l’ouest de la France. Suppressions d’emplois.

Retrait de Salins de la société Rohm et Hass, dans la douleur, par des montages financiers délicats, le LBO qui demande à la société achetée (SALINS) de financer son achat par ses résultats (autrement dit, cela marche si l’on fait du résultat, à l’époque, on en fait encore….)

Entrée dans le capital de la société, de quelques membres de l’encadrement. ? La plus grosse part semble être détenue par le pdg.  SALINS n’est plus cotée en bourse.

2001 : A la suite de résultats faibles, on arrive à évincer de la Direction Commerciale

des gens qui pouvaient faire de l’ombre au pdg (entre Polytechniciens c’est pas toujours le grand amour) tout ceci se fait avec le soutien des habituels serveurs de soupe qui s’y retrouvent….

Le régime des 35 heures fait débat partout. Une tentative de plan social à Varangéville avorte après intervention des experts du C.E.

2002 : On réorganise la comptabilité et, notez bien la contradiction avec quelques années avant, on estime qu’elle serait mieux à Paris. Au passage, suppressions de postes.

C’est cette même année que l’on vend les appartements de Valloire et Port la Nouvelle qui étaient un petit ballon d’oxygène pour les salariés…. Mais on est pas là pour faire du sentiment.

2003 : Le superbe siège Parisien est vendu, pas à sa valeur et on s’installe en location dans des bureaux rue de Londres. Bonjour l’économie et à quoi a servi la vente du siège ?

2004 : La réorganisation de la logistique et des dépôts entraîne encore des suppressions d’emplois et l’arrivée d’un prestataire de gestion des expéditions à Varangéville. Aujourd’hui, ceux qui nous vendaient ce système comme inégalable nous disent qu’il coûte cher. Eux aussi nous coûtent cher car ils sont toujours là avec de bons salaires !

2005 : l’annonce de l’achat d’une saline en Espagne reste sans suite. Le développement externe ne se fait pas malgré les annonces. La concurrence se développe!

On débute de nouvelles discussions sur les difficultés du site de Salin de Giraud face à la perte de son contrat principal.

Grosse affaire de l’année : la remise en cause en cause du siège de Montpellier. Après y avoir tout transféré en dix ans, CSME nous explique qu’il vaut mieux être à Paris. Un plan social est mis en place, les discussions sont fermes, le plan est amélioré mais les mutations auront lieu. La boucle est bouclée, de transfert dans un sens et dans un autre CSME liquide des emplois et perd de très bons salariés compétents. C’est une erreur de plus de la part des dirigeants en place qui n’écoutent rien.

Le siège de Montpellier disparaît, CSME s’affaiblit, à part, bien sûr, quelques serviteurs zélés qui tirent leur épingle du jeu.

Une erreur à nouveau pendant que la concurrence s’organise on affaiblit notre force de vente !

Et que font nos dirigeants ? Ils s’installent    où ça ? A Bruxelles !!!

Siège inutile, coûteux et sans objet qui sera abandonné quelques années plus tard et qui n’avait sans doute qu’un intérêt :     Faire bénéficier certains de la douce fiscalité belge sur les titres .

2007 : Début du plan social de Salin de Giraud qui aboutira à la désagrégation en partie de ce superbe salin de méditerranée.


Le pdg est viré,  tant mieux,   sacrifié par ceux qui l’avaient adoré.

C’est de courte durée, après un intérim d’un an, arrive à la tête de Salins la nouvelle équipe actuelle, si différente que même de hauts responsables de la Direction ancienne en informent la CGT et lui demandent presque « de se battre contre elle », ce qu’ils lui reprochaient avant.

Nous en sommes là, nous nous sentons trahis ! D’une société riche et sans endettement nous sommes devenus une entreprise réduite et endettée. Une partie de ceux qui ont fait cette situation sont encore là, les autres sont aux abonnés absents. 

COMMENT LES CROIRE AUJOURD'HUI ????

L’heure de la vérité est venue, il ne reste que les fidèles, les travailleurs, les opiniâtres qui subiront, alors qu’ils sont les bras armés de cette entreprise.

Ce ne sera pas facile !